Thème · Sorcières
Livres de sorcières pour enfants : quand le frisson devient un plaisir
Beaucoup d'enfants savent très bien que les sorcières n'existent pas, et en ont peur quand même. Voici ce que la recherche dit de ce double savoir, pourquoi un peu de peur choisie fait plaisir à la plupart des enfants, et le grand classique français du thème, qui s'adresse plutôt aux enfants de neuf ans.
À partir de quand l'enfant sait que c'est inventé
L'idée qu'un enfant apprend vers cinq ans que l'imaginaire et le réel sont deux choses différentes est trop simple. Woolley et Ghossainy décrivent cette distinction comme un processus progressif, qui dépend du contexte : il commence vers deux ans, quand l'enfant emploie des mots comme « pour de vrai » et « pour de faux », et se poursuit jusqu'à l'école élémentaire.1
En pratique, un enfant de quatre ans peut savoir parfaitement que la sorcière n'existe pas, et avoir peur quand même. Les deux en même temps, c'est normal.
Et frissonner fait plaisir à beaucoup d'enfants. Une enquête auprès de 1 600 parents danois d'enfants de un à dix-sept ans montre que 93 % des enfants apprécient au moins une activité qui fait un peu peur. Ce goût augmente avec l'âge.2 C'est une peur choisie, contrôlée, dont on connaît l'issue.
La différence entre plaisir et trop-plein tient donc moins à l'âge qu'au contrôle. Celui qui peut refermer le livre quand il veut, et qui sait que tout finira bien, frissonne volontiers.
Le classique français, pour les plus grands
Pour les plus petits, la recherche n'a pas vérifié de titres un par un. Deux sélections existent : Gallimard Jeunesse propose une page de livres sur les sorcières dès 3 ans4, et la Fnac a publié une sélection d'albums du prix Sorcières pour les 3 à 6 ans.5 Le grand classique français, lui, se lit plus tard.
La Sorcière de la rue Mouffetard et autres contes de la rue Broca
Pierre Gripari, illustrations de Puig Rosado · Gallimard Jeunesse, Folio Junior, 1967 · dès 9 ans selon les libraires
Des contes qui se passent dans un quartier de Paris, où une sorcière cherche une petite fille à manger et où le merveilleux se mêle à la vie de tous les jours. Nettement plus âgé que les albums de sorcières des tout-petits : Cultura le classe parmi les livres de 9 à 11 ans. Réédité chez Folio Junior en 2023.
Un prix qui s'appelle Sorcières
En France, l'un des prix les plus connus du livre jeunesse porte le nom du personnage le plus redouté des contes : le prix Sorcières. Il a été créé en 1986 par l'Association des librairies spécialisées jeunesse.6 Il récompense des livres de tous les thèmes : son nom ne dit rien des sorcières dans les livres primés.
La sorcière a changé de camp. Dans les contes, elle est une menace. En Allemagne, on date un tournant de 1957 : Die kleine Hexe d'Otfried Preußler inverse le schéma du bien et du mal, et depuis, les sorcières sympathiques dominent dans l'album allemand.7 La sorcière de Gripari, dix ans plus tard, reste une menace, mais une menace qu'on raconte avec humour.
Ce que cela change à l'achat. Qui cherche une sorcière vraiment inquiétante la trouve dans les contes traditionnels. Qui cherche une sorcière amie a le choix dans les albums récents.
Ou une histoire à soi
Si votre enfant doit en être le héros
- L'enfant rencontre une sorcière qui a perdu sa formule et l'aide à la retrouver, grâce à ce qu'il sait mieux qu'elle.
- Une nuit d'automne, l'enfant accompagne une jeune sorcière à sa première réunion et découvre qu'elle a aussi peur que lui.
- Un sort transforme la maison en labyrinthe, et l'enfant doit trouver la sortie avant le lever du jour, avec un chat noir pour seul guide.
Questions fréquentes
- À partir de quel âge un enfant fait-il la différence entre l'imaginaire et le réel ?
- Progressivement. La recherche décrit un processus qui commence vers deux ans, quand l'enfant emploie « pour de vrai » et « pour de faux », et qui se poursuit jusqu'à l'école élémentaire. Un enfant de quatre ans peut savoir que la sorcière n'existe pas et avoir peur quand même.
- Est-ce normal que mon enfant aime avoir un peu peur ?
- Oui. Dans une enquête auprès de 1 600 familles danoises, 93 % des enfants appréciaient au moins une activité qui fait un peu peur, et ce goût augmentait avec l'âge. Ce qui compte, c'est le contrôle : pouvoir refermer le livre et savoir que tout finit bien.
- À partir de quel âge lire La Sorcière de la rue Mouffetard ?
- Les libraires indiquent dès 9 ans, et Cultura le classe parmi les livres de 9 à 11 ans. Ces contes de Pierre Gripari, parus en 1967, sont publiés chez Gallimard Jeunesse dans la collection Folio Junior.
- Quels livres de sorcières pour un enfant de 3 ans ?
- Gallimard Jeunesse propose une sélection de livres sur les sorcières dès 3 ans, et une sélection d'albums du prix Sorcières pour les 3 à 6 ans a été publiée par la Fnac. À cet âge, choisissez une sorcière drôle ou gentille, et une histoire qui finit bien.
Sources
- 1.Woolley, J. D. & Ghossainy, M. E. (2013) : Revisiting the Fantasy-Reality Distinction, Children as Naïve Skeptics. Child Development 84(5), 1496-1510. (en anglais)Ce qu'elle confirme : La distinction entre imaginaire et réel comme processus progressif et dépendant du contexte, qui commence vers deux ans et se poursuit jusqu'à l'école élémentaire.
- 2.Taranu, M., Clasen, M., Rosas, F. E., Dodd, H. & Andersen, M. M. (2025) : Recreational Fear Across Childhood. (en anglais)Ce qu'elle confirme : Enquête auprès de 1 600 parents danois d'enfants de 1 à 17 ans : 93 % des enfants apprécient au moins une activité qui fait peur ; le goût augmente avec l'âge.
- 3.Gallimard Jeunesse : La Sorcière de la rue Mouffetard et autres contes de la rue Broca.Ce qu'elle confirme : Le titre, l'ISBN et la collection Folio Junior.
- 4.Gallimard Jeunesse : Des livres sur les sorcières (dès 3 ans).Ce qu'elle confirme : Une sélection de l'éditeur de livres sur les sorcières pour les enfants dès 3 ans.
- 5.L'Éclaireur Fnac : Sélection du prix Sorcières, des albums pour les 3-6 ans.Ce qu'elle confirme : Une sélection d'albums du prix Sorcières pour les enfants de 3 à 6 ans.
- 6.BnF, Centre national de la littérature pour la jeunesse : Prix Sorcières.Ce qu'elle confirme : La création du prix Sorcières en 1986 par l'Association des librairies spécialisées jeunesse.
- 7.Musée Hexenbürgermeisterhaus de Lemgo : annonce de la conférence de Jara Schmidt et Franziska Thiel, université de Hambourg, 10 septembre 2025. (en allemand)Ce qu'elle confirme : Die kleine Hexe d'Otfried Preußler (1957) comme tournant qui inverse le schéma du bien et du mal, et la domination des sorcières sympathiques depuis.
- 8.Cultura : La Sorcière de la rue Mouffetard et autres contes de la rue Broca.Ce qu'elle confirme : Le classement parmi les livres pour enfants de 9 à 11 ans.
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