Sagalino

Grandir · 3 à 10 ans

L'amitié chez l'enfant : à partir de quand, et que faire s'il n'a pas d'amis ?

8 min de lecture2 sources · consultées le 25 septembre 2026

La réponse courte

Vers 3 ans, les enfants nouent leurs premières amitiés. Vers 4 ans, ils commencent à se représenter que les autres pensent et ressentent autrement qu'eux,1 et c'est là qu'un compagnon de jeu devient un ami. Ce que l'enfant entend par « ami » change encore ensuite : pour les plus jeunes, l'ami, c'est celui qui est là et qui joue ; la réciprocité et la confiance viennent plus tard. Une amitié ne se commande pas. Ce que les parents peuvent apporter, ce sont des occasions et du temps.
Développement

À partir de quand les enfants se font des amis

Les bébés s'intéressent déjà aux autres enfants, et avec l'âge, le jeu avec ceux de leur âge prend de plus en plus de place. C'est là que les enfants apprennent comment on vit ensemble.

Vers 3 ans, l'enfant noue ses premières amitiés. Vers 4 ans, il commence à comprendre que les autres pensent et ressentent autrement que lui.1 L'intérêt pour les autres prend peu à peu la place du « moi d'abord » des premières années.

Avant 3 ans, l'enfant a donc surtout des compagnons de jeu. Un enfant de 2 ans qui joue à côté d'un autre plutôt qu'avec lui se développe tout à fait normalement.

Le cœur du sujet

Pourquoi « ami » ne veut pas dire la même chose à 4 ans et à 10 ans

Le mot reste le même, son sens change. Au fil des années, la façon dont un enfant comprend l'amitié se transforme plusieurs fois. En gros, et avec des âges qui se chevauchent beaucoup :

L'amitié du moment. L'ami, c'est celui qui est assis à côté et qui joue. La proximité décide. Hier un autre, demain encore un autre.

L'amitié à sens unique. Un ami, c'est quelqu'un qui fait ce que je veux. La réciprocité n'entre pas encore en ligne de compte.

L'amitié des beaux jours. Désormais, il compte que chacun y trouve son compte. Une dispute peut encore mettre fin à l'amitié, parce qu'elle tient au fait que tout se passe bien.

L'amitié de confiance. C'est seulement à ce stade que viennent les confidences, et avec elles la blessure quand un secret est répété.

Ce qui en découle en pratique : quand un enfant de 5 ans dit que quelqu'un n'est plus son ami, il décrit souvent son après-midi. Quand un enfant de 9 ans dit la même chose, cela peut être très sérieux.

Le cas difficile

Que faire quand un enfant ne trouve pas sa place

C'est la situation qui inquiète le plus. Les parents peuvent y préparer le terrain, et l'amitié elle-même reste l'affaire des enfants.

Des occasions. Les amitiés naissent de la répétition. Un enfant qui retrouve régulièrement les mêmes enfants a plus de chances qu'un enfant qui change de groupe chaque semaine. Un après-midi qui revient avec un seul enfant apporte davantage qu'un grand anniversaire.

Le plus difficile, c'est le début. Beaucoup d'enfants ne savent pas comment se joindre aux autres. Cela s'apprend, et on peut s'y exercer en le mettant en mots : s'approcher, regarder un moment, puis entrer dans ce qui est déjà en train de se passer. Demander « je peux jouer ? » est souvent le chemin le moins sûr, parce que la question permet de répondre non.

Un seul ami suffit. La popularité et l'amitié sont deux choses différentes. Un enfant qui a une seule relation solide n'est pas moins bien loti qu'un enfant qui connaît tout le monde.

Ce que nous n'affirmons pas : qu'un livre donne des amis à un enfant. Il peut montrer comment les choses se passent et ouvrir une conversation. Les sources que nous avons trouvées ne permettent pas d'en dire plus.

Au quotidien

Les disputes entre amis, et quand intervenir

La dispute fait partie de l'amitié, et c'est là que l'enfant s'exerce. Les premières amitiés et leurs conflits l'aident à comprendre comment on communique avec les autres.1 Un parent qui règle chaque conflit à la place de son enfant lui retire justement cet exercice.

La limite, c'est le déséquilibre. Dans une dispute, il y a deux côtés, qui veulent chacun quelque chose. Quand c'est toujours le même enfant qui cède, qui est exclu ou dont on se moque, il ne s'agit plus d'une dispute, et il est juste d'intervenir.

Concrètement : d'abord écouter, sans juger tout de suite. Les enfants racontent les conflits de leur point de vue, et la réponse « eh bien, joue avec quelqu'un d'autre » clôt la conversation avant qu'elle ait commencé.

Débats

Ce sur quoi les spécialistes divergent

Sur les étapes du développement, on s'accorde largement. On débat davantage de la place que doivent prendre les parents. Trois points de vue :

ApprocheCe qu'elle ditCe que cela change pour l'histoire
DéveloppementSociété française de pédiatrie (mpedia.fr)Les premières amitiés apparaissent vers 3 ans, la capacité à se mettre à la place de l'autre vers 4 ans. Les amitiés et leurs conflits apprennent à l'enfant à communiquer.Ce que les parents apportent, ce sont des occasions : retrouver régulièrement les mêmes enfants, plutôt que d'en voir beaucoup de différents.
Compréhension de l'amitiérecherche en psychologie du développement sur la façon dont les enfants comprennent l'amitiéLa compréhension de l'amitié passe par plusieurs étapes et dépend de la capacité à se mettre à la place de l'autre. Ce qu'un enfant appelle un ami dépend de son âge.L'histoire doit correspondre à l'âge : pour les plus jeunes, une activité partagée ; pour les plus grands, une confiance trahie puis réparée.
Relationapproche centrée sur la relationL'amitié est une relation choisie, entre égaux. C'est ce qui la distingue du lien entre parents et enfants.Parce qu'elle est choisie, elle ne se commande ni ne se répare de l'extérieur. Les parents posent le cadre, et la relation appartient aux enfants.

Ce sur quoi tout le monde s'accorde

  • Avant 3 ans environ, il y a des compagnons de jeu, et les amitiés au sens étroit viennent ensuite.
  • Ce qu'un enfant entend par amitié change profondément avec l'âge.
  • Une amitié ne se commande pas. Les parents offrent des occasions et du temps.
  • La dispute fait partie de l'amitié, et c'est là que l'enfant s'exerce.
  • Un seul ami solide suffit. La popularité est une autre affaire.

Les avis divergent le plus quand un enfant est exclu à plusieurs reprises. Pour les uns, supporter cette situation fait partie de l'apprentissage, et les parents risquent d'aggraver les choses en s'en mêlant. Pour les autres, une exclusion répétée s'installe d'elle-même et demande donc l'intervention des adultes. Dès que cela se répète et touche toujours le même enfant, le second point de vue nous paraît le plus juste. C'est une pesée des arguments, aucune étude ne l'établit.

Quand un livre ne suffit pas

Si pendant des semaines votre enfant ne trouve pas sa place dans le groupe, s'il ne veut plus aller à la crèche ou à l'école, s'il a des maux qui apparaissent les jours d'école et disparaissent le week-end, ou si c'est toujours le même enfant qu'on exclut, dont on se moque ou qu'on bouscule, parlez-en, d'abord avec l'équipe de la crèche ou avec l'enseignant.

Une exclusion qui se répète et va toujours dans le même sens passe rarement d'elle-même. Elle n'a rien d'une simple dispute, et elle demande des adultes attentifs.

L'histoire

Comment une histoire peut aider

Nous n'avons pas trouvé de preuve que la lecture à voix haute facilite les amitiés. Nous avons trouvé un résultat qui concerne la forme du livre : dans une étude sur le partage, des enfants d'âge préscolaire ont donné davantage après une histoire avec des personnages humains qu'après la même histoire avec des animaux humanisés.2

Pour un livre sur l'amitié, cela plaide pour un héros qui ressemble à l'enfant à qui l'on lit, davantage que pour une souris qui parle.

Pour l'histoire, une règle :

L'amitié se brise au milieu. Sans cette rupture, la réconciliation finale ne vaut rien, et c'est elle dont l'enfant a besoin.

  1. 1–2

    L'enfant seul

    Un peu à l'écart, occupé à quelque chose qu'il aime. Sans pitié dans le ton.

  2. 3

    Quelqu'un est là

    Un autre enfant trouve la même chose intéressante. Rien de plus pour l'instant.

  3. 4

    La première phrase

    Comment on commence, concrètement. En entrant dans ce qui se passe déjà.

  4. 5

    Faire quelque chose ensemble

    Personne ne parle d'amitié. On construit, on cherche, on se cache.

  5. 6

    Tout va bien

    Quelques jours faciles. Courts, pour que la rupture fasse de l'effet.

  6. 7

    La rupture

    Quelque chose tourne mal. Aucune méchanceté : un malentendu ou une promesse non tenue.

  7. 8

    Chacun de son côté

    Les deux sont seuls, et les deux sont malheureux.

  8. 9

    Personne n'a raison

    L'histoire ne distribue pas de torts. C'est la page la plus difficile.

  9. 10

    Le premier pas

    L'un va vers l'autre. Sans grand discours d'excuse, avec quelque chose de concret.

  10. 11

    De nouveau ensemble

    Autrement qu'avant. C'est toute la différence.

  11. 12

    Encore quelqu'un

    Un troisième enfant les rejoint. L'amitié n'en est pas diminuée.

  12. 13

    Le quotidien

    Plus rien d'extraordinaire. C'est exactement le but.

  13. 14

    La fin

    Les deux font quelque chose qu'eux seuls comprennent. Sans morale.

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Questions

Questions fréquentes

À partir de quel âge les enfants ont-ils de vrais amis ?

Vers 3 ans, les enfants nouent leurs premières amitiés, et vers 4 ans ils commencent à se représenter que les autres pensent et ressentent autrement qu'eux, selon la Société française de pédiatrie. C'est là qu'un compagnon de jeu devient un ami. Avant, les enfants jouent plutôt à côté les uns des autres qu'ensemble, et c'est normal.

Mon enfant dit qu'il n'a pas d'amis. Que faire ?

D'abord écouter, sans juger tout de suite, en tenant compte de son âge : à 5 ans, la phrase décrit souvent l'après-midi ; à 9 ans, elle peut être très sérieuse. Ce qui aide, ce sont les occasions : le même après-midi avec le même enfant, régulièrement. Un seul camarade invité apporte davantage qu'un grand anniversaire. Et une seule amitié solide suffit largement.

Faut-il intervenir dans les disputes entre enfants ?

Pour une simple dispute, plutôt non : c'est en négociant que l'enfant s'exerce. La limite, c'est le déséquilibre. Quand c'est toujours le même enfant qui cède, qui est exclu ou dont on se moque, il ne s'agit plus d'une dispute. Une exclusion répétée et à sens unique passe rarement d'elle-même, et il faut en parler avec la crèche ou l'école.

Quel livre sur l'amitié pour quel âge ?

Pour les plus jeunes, un livre où deux enfants font quelque chose ensemble, parce qu'à cet âge l'amitié, c'est surtout faire ensemble. Un peu plus tard, un livre où l'amitié survit à une brouille. Plus tard encore viennent la confiance et les secrets, et avec eux la blessure quand l'une ou les autres sont trahis.

Références

Sources

  1. 1.mpedia.fr (Société française de pédiatrie) : Premiers copains, des hauts et des bas.Ce qu'elle confirme : Les premières amitiés vers 3 ans, la capacité à se représenter le point de vue de l'autre vers 4 ans, et le rôle des premières amitiés et de leurs conflits dans l'apprentissage de la communication.
  2. 2.Larsen, N. E., Lee, K. et Ganea, P. A. (2018) : Do storybooks with anthropomorphized animal characters promote prosocial behaviors in young children? Developmental Science 21(3). (en anglais)Ce qu'elle confirme : Des enfants d'âge préscolaire ont donné nettement plus après une histoire de partage avec des personnages humains qu'après la même histoire avec des animaux humanisés.

Sources consultées le 25 septembre 2026. Une information manque ou a changé ? Écrivez-nous : nous la corrigeons en indiquant la date.

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