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Bien choisir · Album illustré

Comment reconnaître un bon album jeunesse ?

7 min de lecture3 sources

Illustration : des albums en éventail, côte à côte, aux couvertures et aux reliures visiblement différentes

Les listes de « meilleurs albums » ne manquent pas. Ce qu'elles disent rarement, c'est selon quels critères les livres ont été choisis. Ces critères s'énoncent pourtant assez simplement, et vous pouvez les vérifier vous-même, debout devant un rayon de librairie ou de bibliothèque.

Cet article les rassemble en une grille de questions. Le goût de votre enfant reste le meilleur juge, et cette grille aide à trier quand le choix paraît immense.

En bref

L'essentiel

  • Trois questions pour commencer : le texte et l'image sont-ils beaux et bien faits, le livre est-il à la portée de l'enfant tout en l'emmenant un peu plus loin, et que lui laisse-t-il à penser une fois refermé ?
  • Un bon album laisse des blancs. Il ouvre plusieurs lectures possibles et les laisse ouvertes. C'est l'enfant qui complète ce que le livre ne dit pas.
  • L'image et le texte gagnent à dire des choses différentes. Quand l'image montre ce que le texte tait, ou le contredit, l'enfant a quelque chose à découvrir.
  • Mieux vaut éviter les livres qui font la morale. Quand la bonne réponse est donnée à la dernière page, il ne reste plus rien à discuter avec l'enfant.
La grille

Trois questions pour juger un album

Ces questions valent pour tous les livres pour enfants, de l'album au documentaire. Pour l'album, quelques points s'y ajoutent.

1. La qualité du texte et de l'image. Le livre raconte-t-il d'une manière neuve ? Ouvre-t-il plusieurs lectures et les laisse-t-il ouvertes ? Donne-t-il à l'enfant l'occasion de construire lui-même le sens, d'imaginer, de compléter ?

2. La justesse pour l'enfant. Un bon livre est à la fois accessible et exigeant : l'enfant peut y entrer avec ce qu'il connaît déjà, et il en ressort avec quelque chose de plus. Il propose des personnages auxquels s'identifier, sans stéréotypes, et il prend au sérieux la façon, souvent très personnelle, dont les enfants voient le monde.

3. Ce que le livre laisse après la lecture. Aide-t-il l'enfant à se faire son propre jugement ? Éveille-t-il sa curiosité pour ce qui ne lui ressemble pas ?

Pour l'album, d'autres points comptent : le format et la matière du livre, la façon dont le texte et l'image se répondent, la technique, les couleurs, les proportions des personnages et des lieux, les points de vue, la typographie, et deux éléments auxquels on pense rarement : le moment où l'on tourne la page et les pages de garde.

Tourner la page, c'est ce que l'album sait faire mieux qu'un film ou qu'un texte seul : étirer l'instant qui précède la surprise. Si vous y prêtez attention une fois, vous distinguerez souvent un bon album d'un album moyen à ce seul détail.

Pour une première orientation, les palmarès des prix décernés par un jury aident aussi. En France, le Prix Sorcières a été créé en 1986 par l'Association des librairies spécialisées jeunesse, rejointe en 1989 par l'Association des bibliothécaires de France. Au niveau international, le prix Hans Christian Andersen de l'IBBY distingue des auteurs depuis 1956 et des illustrateurs depuis 1966.

Le métier

Ce que l'image et le texte font ensemble

Dans un album, le texte et l'image peuvent entretenir plusieurs relations. Ils disent la même chose. L'un enrichit l'autre. Ils se complètent. Ils mettent l'accent sur des choses différentes. Ou ils se contredisent.

L'intérêt pratique de cette liste : un livre où l'image se contente de montrer ce que le texte vient de dire laisse peu à faire à l'enfant. Là où le texte et l'image divergent, un blanc s'ouvre, que l'enfant doit combler, et c'est ce travail qui le fait entrer dans l'histoire.

Ces blancs sont des zones que le livre laisse indéterminées et que chaque lecteur remplit à sa manière : une invitation à participer. Un album qui n'en laisse aucun ressemble à un exposé.

À voix haute

Ce qui fait un bon livre à lire ensemble

Pour regarder un livre ensemble, trois choses aident particulièrement.

Les albums sans texte fonctionnent très bien. Quand les expressions et les gestes des personnages portent l'histoire, tous les enfants peuvent la lire, quel que soit leur niveau de langage, et c'est l'enfant qui raconte.

Des sujets proches de sa vie, qu'il peut relier à ce qu'il a lui-même vécu, et qui l'invitent à imaginer et à réfléchir.

Les livres qui font la morale referment la conversation. Quand le livre apporte lui-même la bonne réponse, l'enfant n'a plus grand-chose à en dire, et il ose moins donner son avis.

Beaucoup de livres pour enfants veulent transmettre une leçon, et c'est souvent pour cela que les adultes les choisissent. Avant d'acheter, demandez-vous ce que votre enfant pourra en dire.

Ces conseils rejoignent ce que l'on appelle la lecture dialogique : on parle du livre avec l'enfant, on lui pose des questions ouvertes, on reprend ses réponses et on les enrichit, au fil des pages. Une méta-analyse publiée en 2008 a réuni seize études sur cette manière de lire avec de jeunes enfants. Notre page sur la lecture à voix haute détaille ce que ces études mesurent, et où leurs résultats deviennent plus minces.

En librairie

Six vérifications devant le rayon

1. Regarder une double page sans lire. L'image raconte-t-elle quelque chose qui n'est pas dans le texte ?

2. Tourner la page et guetter l'effet. Se passe-t-il quelque chose au passage d'une page à l'autre, une surprise, un saut dans le temps ? Ou l'histoire continue-t-elle simplement ?

3. Regarder les pages de garde. Ce sont les pages collées à l'intérieur de la couverture. Dans les livres faits avec soin, elles font partie du récit, et il arrive qu'elles changent entre le début et la fin.

4. Guetter la morale. La fin explique-t-elle ce qu'il fallait retenir ? Alors la conversation est close avant d'avoir commencé.

5. Regarder les personnages secondaires. C'est là que les stéréotypes se voient en premier : qui fait quoi à l'arrière-plan, qui porte des lunettes, qui fait la cuisine.

6. Lire à voix haute, dans sa tête. La phrase a-t-elle du rythme ? Vous lirez sans doute ce livre des dizaines de fois. Pour la longueur, voyez aussi combien de texte par page un album supporte selon l'âge.

Questions

Questions fréquentes

Sur quels critères juger un album ?

Trois questions couvrent l'essentiel : la qualité du texte et de l'image, la justesse pour l'enfant (un livre accessible qui l'emmène un peu plus loin) et ce que le livre lui laisse à penser. Pour l'album s'ajoutent la relation entre le texte et l'image, le moment où l'on tourne la page et les pages de garde.

Les livres avec une morale sont-ils bons pour les enfants ?

Pour la lecture partagée, mieux vaut les éviter. Quand la bonne réponse est déjà dans le livre, il n'y a plus rien à discuter, et l'enfant ose moins dire ce qu'il en pense. Un livre qui laisse une question ouverte donne davantage à parler.

Pourquoi choisir des albums sans texte ?

Parce qu'ils fonctionnent quel que soit le niveau de langage de l'enfant. Les expressions et les gestes des personnages se lisent sans mots, et c'est l'enfant qui raconte l'histoire.

Qu'est-ce que la lecture dialogique ?

Une manière de lire où l'on parle du livre avec l'enfant : poser des questions ouvertes, reprendre ses réponses, les enrichir et les lui renvoyer. Une méta-analyse publiée en 2008 a réuni seize études sur cette manière de lire avec de jeunes enfants.

Le choix me paraît immense. Par où commencer ?

Par ce qui intéresse votre enfant en ce moment, puis par une double page regardée sans lire : si l'image raconte quelque chose que le texte ne dit pas, c'est bon signe. Les palmarès des prix décernés par un jury, comme le Prix Sorcières, et les conseils d'une bibliothécaire jeunesse aident aussi à faire un premier tri.

Références

Sources

  1. 1.Centre national de la littérature pour la jeunesse, BnF : Prix Sorcières, 1986-2000.Ce qu'elle confirme : La création du prix en 1986 par l'Association des librairies spécialisées jeunesse, rejointe en 1989 par l'Association des bibliothécaires de France.
  2. 2.IBBY : Hans Christian Andersen Award. (en anglais)Ce qu'elle confirme : Le prix décerné aux auteurs depuis 1956 et aux illustrateurs depuis 1966.
  3. 3.Mol, Bus, de Jong et Smeets (2008) : Added Value of Dialogic Parent-Child Book Readings, méta-analyse, Early Education and Development. (en anglais)Ce qu'elle confirme : Seize études sur la lecture dialogique entre parents et jeunes enfants ; un effet de d = 0,59 sur le vocabulaire que l'enfant emploie, nettement réduit chez les enfants de 4-5 ans et chez les enfants à risque.

Un mot sur nous

Pourquoi ces questions nous occupent

Chez Sagalino, nous fabriquons des livres personnalisés pour enfants, et nous avons dû décider pour notre propre format comment le texte et l'image se répondent. Ces questions nous ont été plus utiles que n'importe quelle liste de meilleurs livres, surtout l'idée de laisser des blancs à l'enfant.

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